Structure des réseaux de transport et déréglementation

Dossier  : « Clefs pour les réseaux »
Par Pierre Zembri
Les réformes qui touchent actuellement les secteurs des transports aériens et ferroviaires en Europe sont loin d’être neutres pour les structures des réseaux concernés (exploitants “historiques” et nouveaux entrants). En effet, elles se sont faites sans remise en cause des droits d’exploitation des compagnies en place, ni augmentation significative des capacités d’acheminement alors que de nombreux goulets d’étranglement existaient avant même que le processus de déréglementation ne soit lancé.
On peut donc s’interroger sur l’impact des limites techniques identifiées sur les stratégies des acteurs du marché ainsi que sur les formes de réseaux privilégiées. Dans le domaine du transport aérien, la capacité des grands aéroports pose problème, ce qui rend les acteurs préexistants hors d’atteinte de toute concurrence sérieuse sur leurs bases. Dans le secteur ferroviaire, la congestion des noeuds importants du réseau et de quelques corridors très fréquentés rend difficile l’arrivée de nouveaux entrants.
Aux limites techniques s’ajoutent des limites financières : la fin des monopoles publics de desserte sonne le glas de la péréquation que les compagnies nationales pouvaient supporter entre dessertes rentables et non-rentables. Le maintien des liaisons les plus fragiles est donc subordonné à une augmentation des subventions publiques, ce qui va à l’encontre du principe fondateur de la déréglementation.
Il en résulte des rentes de situation très favorables pour les acteurs préexistants, qui peuvent réorganiser sans grande contrainte leurs dessertes. Les nouveaux entrants doivent pour leur part adopter des stratégies de niche, s’appuyant sur des flux de trafics ou des catégories de clientèle intéressant peu les opérateurs historiques. On peut se demander si ces stratégies constituent un premier pas avant une concurrence plus frontale qui s’appuiera sur des bases solides et une expérience de croissance en milieu confiné, ainsi que semble le montrer l’évolution du marché aux États-Unis, ou bien si la configuration particulière du marché Européen empêchera ce type d’évolution.
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