Smart cities et gouvernementalisation de la consommation d’énergie domestique au Japon. Le rôle central de l’accident de Fukushima et des pratiques étasuniennes

Par Benoit Granier
Les projets et les expérimentations de smart cities se multiplient depuis la fin des années 2000. C’est en particulier le cas au Japon, où plusieurs dizaines, voire centaines, d’initiatives ont vu le jour depuis le début de la décennie. De nombreux discours mentionnent le rôle central des individus dans les smart cities, et la question de la participation citoyenne fait l’objet d’une littérature croissante. Cet article contribue aux réflexions sur la place des individus dans la smart city en se focalisant sur un processus différent, à savoir le changement de leurs comportements. Cet objectif, étroitement associé aux modalités spécifiques de participation que recouvre la notion de « coproduction », est en effet au cœur de nombreux projets de smart city. C’est le cas au Japon, où quatre Smart Communities ont été mises en place sous l’impulsion de l’État en 2010 et ont servi de terrain d’expérimentation de dispositifs de changement des comportements. Les smart cities japonaises constituent ainsi un support à la gouvernementalisation de la consommation d’énergie domestique. Nous montrerons néanmoins que cet objectif ne s’est imposé que suite à l’accident de Fukushima de mars 2011 et à l’accélération consécutive de la libéralisation des marchés de l’énergie. En effet, les finalités initiales des Smart Communities portaient davantage sur des enjeux économiques et techniques. Outre la catastrophe, les pratiques étasuniennes en matière de dispositifs de changement des comportements et d’expérimentation de ces derniers sont au cœur du processus de gouvernementalisation de la consommation d’énergie des ménages. D’une part, des économistes mandatés par l’État japonais se sont formés et ont appliqué les méthodes du Département de l’énergie étasunien en la matière. D’autre part, les parties prenantes des Smart Communities se sont également tournées de l’autre côté du Pacifique pour faire face aux conséquences de l’accident de Fukushima, et ont ainsi intégré la promotion des économies d’énergie à leurs stratégies.
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