Croire en la surgénération. Les transformations d’une utopie nucléaire
Depuis les années 1930, une idée issue d’une équation neutronique anime les spécialistes du nucléaire : en convertissant l’uranium 238 en plutonium à l’intérieur de réacteurs nucléaires adaptés, on multiplierait par 100 la ressource disponible. Cette idée, ouvrant la voie à un horizon d’abondance et d’équilibre matériel, a pris le nom de « surgénération ». Mais, si elle a motivé de nombreux programmes techniques et scientifiques, ceux-ci ont, dans leur grande majorité, été arrêtés. Comment expliquer la longévité de l’idée de surgénération malgré les épreuves qu’elle a traversées ? Cet article s’organise autour de l’hypothèse que la surgénération est une utopie technique et étudie les différentes formes que la croyance en cette utopie a pris au sein des communautés expertes en France depuis les années 1970. La surgénération apparaît certes comme l’aboutissement de l’histoire énergétique de l’humanité, dans un cadre où les choix collectifs sont structurés par le savoir des techniciens – ce que nous qualifions de « mode majeur » de l’utopie. Mais elle apparaît également comme une idée en passe de trouver des traductions matérielles – où l’utopie technique devient l’objet de mises à l’épreuve, de discussions, et de reports. Enfin, elle survit en prenant la forme d’une technologie d’assurance en cas de crise d’approvisionnement, dont la disponibilité doit être maintenue – ce que nous désignons comme le « mode mineur » de l’utopie.
Mots-clés
- nucléaire
- surgénération
- utopie technique
- croyances
- épreuves
