« La paix par les égouts », ou l’unité méditerranéenne comme utopie urbaine, géopolitique et environnementale (années 1950 – années 1990)
Cet article interroge les dimensions géopolitiques des utopies techniques, en examinant l’émergence dans les années 1970 de circulations transnationales de politiques environnementales municipales en Méditerranée, et leurs relations avec des démarches et visions de l’intégration politique régionale. Nous étudions des mouvements municipaux transnationaux méditerranéens qui, mêlant urbanistes, ingénieurs, élus locaux et activistes politiques, ont développé l’idée selon laquelle la diffusion des progrès techniques urbains, en particulier en matière d’assainissement, se révèlerait apte à « sauver » la Méditerranée d’un effondrement tant écologique que politique, dans une région divisée par la colonisation, la guerre froide et le conflit au Proche-Orient. L’article revient sur la genèse essentiellement politique de cette utopie, qui prend naissance au sein de mouvements anticolonialistes et tiers-mondistes qui, dès les années 1950, souhaitent faire des communes un échelon central du renouveau des relations régionales postcoloniales. Les circulations se convertissent à partir des années 1970 aux questions environnementales et aux techniques de dépollution, sans pour autant abandonner la volonté de participer à l’apaisement et la démocratisation de la région. Cependant, cette utopie demeure asymétrique, portée avant tout par quelques acteurs français, italiens et espagnols.
Mots-clés
- Méditerranée
- réseaux de villes
- infrastructures
- utopies
- géopolitique
- assainissement.
