Henri de Graffigny, l’électroculture et la généalogie des utopies électriques

Par François Jarrige
Français

En 1933, le savant et vulgarisateur Henri de Graffigny (1863-1934) publie un « roman scientifique » intitulé Electropolis qui propose une fiction utopique dont l’action se déroule au Moyen-Orient. Il y met en scène le projet d’un riche industriel anglais, entouré d’un inventeur français, d’ingénieurs et de financiers, qui entreprennent une révolution agricole grâce à « l’électroculture », une science nouvelle censée activer les rendements et la pousse des végétaux. Le projet consiste à associer l’énergie du soleil, les grands barrages, les nouveaux réseaux de distribution et une pléiade d’appareils futuristes afin de verdir le désert dans un contexte de renforcement de l’impérialisme européen. Cette utopie technique de l’entre-deux-guerres s’inscrit au croisement des imaginaires de l’électrification inaugurés à la fin du XIXe siècle et du projet de modernisation de l’agriculture. Elle entend offrir une solution alternative à la chimie tout en promettant d’accroître les rendements de façon spectaculaire. Henri de Graffigny se passionne depuis des décennies pour les bienfaits que l’électricité pourrait apporter à l’humanité. En dépit de l’échec puis de l’abandon de cette utopie électrique agricole, celle-ci illustre le poids des imaginaires alternatifs à l’usage intensif du pétrole et la longue durée des promesses et utopies électriques contemporaines.

Mots-clés

  • Electrification
  • inventeur
  • utopies
  • vulgarisation
  • France
Voir l'article sur Cairn.info