Savoirs et savoir-faire partagés : l'évolution de l'hydraulique urbaine à Montréal au XIXe siècle

L'eau urbaine en Europe et en Amérique du Nord  : origines et développements
Par Dany Fougères
Malgré sa taille modeste au XIXe siècle, la ville de Montréal a été choisie par les ingénieurs pour expérimenter un système d’approvisionnement en eau, autorisé par la Couronne britannique dès 1798. À l’époque toutefois, des difficultés liées à l’étanchéité des conduites, à la qualité de l’eau des rivières, aux quantités insuffisantes d’eau de source apportées par le mont Royal et à l’absence de solution appropriée pour l’élimination des déchets solides, laissent le système inaccessible aux populations. Au milieu du siècle, la ville rachète la Montreal Waterworks et, ayant obtenu de la Couronne l’autorisation de financer les coûts du réseau par le biais d’impôts locaux, elle parvient à généraliser le service.
Sur le plan technique, l’histoire de Montréal est à la fois spécifique au site lui-même et comparable à celle de l’ensemble des grandes villes de l’époque. Tandis que New York et Boston choisissent d’acheminer l’eau par le biais de sources de plus en plus éloignées, construisant de grands réservoirs et aqueducs, Philadelphie et Montréal choisissent au contraire de tirer partie des eaux de surface de proximité. Les premières influences sont venues d’Angleterre (en particulier avec l’introduction précoce des machines à vapeur) et d’ingénieurs américains, jusqu’à ce que la ville recrute, en 1892, un ingénieur français issu du Corps des Ponts et Chaussées : George Janin.
Celui-ci avait connaissance des aqueducs de longue distance déjà adoptés à Paris, mais choisit plutôt de traiter l’eau du Saint-Laurent et, bien qu’il échouât à convaincre la ville de construire les fameux égouts ovoïdes à l’intérieur desquels il était possible de se déplacer, il réussit à mettre en œuvre un réseau d’eaux usées et leur traitement par épandage, à une époque où le traitement par les sols restait rare.
À la différence des villes européennes et d’Amérique du Nord, Montréal est en conséquence impliquée dans une diversité d’institutions mises en place en réponse à des problématiques (locales, régionales ou nationales) spécifiques au domaine de l’eau. De l’observation du cas de Montréal et des villes de la côte Est, il ressort qu’il n’existe pas de solution unique à la question de l’eau, ce même si l’approche adoptée par chacune des villes étudiées est à bien des égards partagée par les autres.
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