Alimenter en eau et assainir les immeubles parisiens, 1850-1930 : la généralisation du « système Belgrand »

L'eau urbaine en Europe et en Amérique du Nord  : origines et développements
Par Konstantinos Chatzis
La Révolution française n’a pas aboli pour Paris l’« Ancien Régime » des eaux. Dans les années 1830, comme au XVIIIe siècle, c’est la fontaine publique au puisage gratuit et le puits privé qui restent les dispositifs centraux de l’alimentation en eau des parisiens, bien qui constitue encore à l’époque une denrée rare et de qualité souvent médiocre. Le réseau d’égouts existant essaie d’évacuer les seules eaux pluviales, alors que les eauxvannes sont toujours recueillies dans les fosses d’aisance bâties sous les maisons ou dans les cours des immeubles ; quand une fosse est pleine, le propriétaire fait appel à une entreprise de vidange qui se charge de l’extraction et du transport du contenu de la fosse, transformée par des entreprises spécialisées en engrais commercialisé. Grâce aux travaux entrepris entre 1855 et 1870 par les services techniques de la ville sous l’impulsion du Préfet Haussmann, de facto maire de Paris, le paysage hydraulique de la ville change de fond en comble. Mais, à la sortie du Second Empire, la situation reste encore dans un état largement critique. Ainsi, en 1874, la moitié des immeubles d’habitation n’est toujours pas connectée au réseau d’eau potable. Malgré une modernisation incontestable du système d’assainissement, il faut attendre l’année 1894 pour que le « tout-à-égout » devienne obligatoire. En attendant, des épidémies hydriques continuent à frapper la ville. Le réseau d’eau potable n’atteindra la quasi-totalité des habitations parisiennes que dans les années 1910, alors que pour le réseau d’égouts il faudra attendre deux décennies supplémentaires pour que le processus d’« universalisation » soit complété.
Le présent article traite de l’évolution des réseaux d’eau et d’assainissement à Paris durant la période 1850-1930. Centrée sur les différents acteurs – ingénieurs de la ville, édiles, propriétaires, sociétés privées exploitant à des fins économiques les eaux-vannes des immeubles, hygiénistes... – ayant joué un rôle important dans la trajectoire historique de ces deux réseaux, l’analyse vise à identifier les principaux mécanismes ainsi que les multiples formes d’action à travers lesquels la population parisienne a pu se raccorder dans sa (quasi) totalité, lentement et au prix d’efforts et de conflits importants, aux réseaux d’eau et d’assainissement de la ville.
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