Les politiques de « développement urbain durable » face aux héritages territoriaux. Regards romains sur la coordination transport/urbanisme

Par Hélène Nessi, Aurélien Delpirou
La capitale italienne offre un terrain original pour l’observation des politiques de maîtrise conjuguée des déplacements et de l’aménagement urbain ; en effet, la « Ville éternelle » fait depuis longtemps partie des « mauvais élèves » de l’Union européenne en matière de transports collectifs, dans un contexte de faiblesse structurelle de la planification urbaine et d’incitation politique et culturelle à l’« automobilité ». Au terme d’une décennie d’investissements considérables engagés pour tenter de guérir « la maladie génétique d’une cité conçue sans plan de transport », l’adoption en mars 2006 d’un nouveau « Plan régulateur », fruit d’un intense renouvellement conceptuel et d’une coopération administrative et institutionnelle inédite, consacrait l’inscription du transport public au cœur du projet urbain romain. Dans une ville « diffuse », qui doit gérer l’héritage d’un siècle de croissance extensive en bonne partie spéculative et abusive, la modernisation des réseaux ferroviaires se veut désormais l’outil du développement et de l’aménagement urbains durables. L’ambition est de coordonner la requalification des lignes, des gares et des stations avec la recomposition de la ville existante, le développement de pôles d’urbanisation et la création de nouvelles « centralités » à l’échelle métropolitaine. La mise en œuvre des opérations couplées urbanisme / transport a rencontré des obstacles « traditionnels », que l’on retrouve sous des formes diverses dans les autres métropoles du continent : rivalités institutionnelles, désynchronisation des processus décisionnels, difficulté à dégager des marges de densification autour des gares. Mais elle s’est surtout heurtée aux héritages spécifiques du territoire romain : faiblesse des moyens d’une commune au territoire immense, dépendance à l’État, puissance historique des grands constructeurs romains, dont l’emprise persistante sur les dynamiques urbaines a contribué à dénaturer les projets initiaux. Ainsi l’analyse du cas romain offre-t-elle l’opportunité d’identifier les enjeux d’une métropole qui se cherche et de soulever nombre des questionnements ouverts par les politiques de « durabilité urbaine ».
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