À quoi sert la planification urbaine ?

Dossier  : Politiques de déplacement et planification territoriale
Regards croisés sur la planification urbanisme-transport à Strasbourg et à Genève
Par Caroline Gallez, Hanja-Niriana Maksim
Depuis une quinzaine d’années, on assiste dans de nombreux pays européens à une relance de la planification urbaine. Cette refonte s’inscrit dans un contexte de généralisation de l’idée de développement durable et d’évolution de l’organisation du pouvoir local, liée à la multiplication des échelles d’intervention et à la diversification des acteurs locaux. Au-delà des convergences qui sous-tendent ces réformes, les pratiques révèlent des différences liées aux cultures politiques, aux traditions en matière d’aménagement du territoire et aux contextes locaux. En s’appuyant sur les monographies de deux agglomérations transfrontalières, Strasbourg (France) et Genève (Suisse), cet article s’interroge sur le rôle de la planification urbaine et sur son évolution au cours des quarante dernières années. Le propos est plus particulièrement centré sur les problématiques d’urbanisme et de transport, dont la mise en cohérence constitue l’un des leitmotivs des lois sur l’aménagement du territoire, et un enjeu récurrent des stratégies de développement urbain durable.
Les plans ou schémas directeurs servent-ils à cadrer et à orienter les politiques locales, permettent-ils d’appuyer la mise en place d’une « gouvernance métropolitaine » ? Loin de la vision surplombante que pourraient suggérer les textes officiels, les procédures de planification apparaissent, dans les deux exemples étudiés, comme des moments particuliers du processus de production des politiques locales. Elles ne sont pas produites en dehors ni à distance des politiques publiques qu’elles sont censées orienter. L’analyse diachronique souligne les différences des logiques institutionnelles et des jeux d’intérêts qui président, dans les deux agglomérations, à l’élaboration de ces procédures. Les manières de penser et d’agir sur la coordination entre transports et urbanisme présentent quant à elles de fortes similitudes, associées à une large diffusion des doctrines d’action dominantes. Écartelée entre le renouvellement des orientations de l’action publique et l’avènement de nouveaux territoires, la relance de la planification urbaine apparaît comme porteuse d’une forte contradiction. Limitant tour à tour le développement durable à l’énoncé de normes ou à la légitimation des projets locaux, elle ne permet pas, en particulier, de l’instaurer comme un véritable problème politique.
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