« Le 175 tombe sur la berge de la Seine – 3 morts » : circulation d’informations, gestion du risque et prévention sur le réseau d’autobus parisien (1920-1980)

Systèmes d’information et gestion de l’urbain (XVIIIe-XXIe siècles)
Par Arnaud Passalacqua
En se fondant sur l’analyse microhistorique d’un accident grave survenu en 1947, cet article met en avant les enjeux de la gestion des accidents sur le réseau d’autobus à Paris, des années 1920 aux années 1980. Face à d’autres systèmes de transport, l’autobus présente la spécificité d’être à la fois un système lié à un exploitant marqué par des logiques industrielles et l’un des systèmes évoluant sur un espace public partagé avec bien d’autres. Cette configuration explique que le rôle de l’information dans ce secteur soit crucial, bien qu’elle soit difficile à élaborer. L’article suit ces enjeux d’information pour comprendre comment coexistent différentes façons de formuler, d’analyser et d’utiliser les données d’accidents. D’abord, elles visent l’établissement des responsabilités de l’accident et alimentent les éventuelles procédures qui s’ensuivent. Puis, une fois démultipliées par le nombre d’accidents survenant sur le réseau, elles permettent d’estimer l’ampleur et la nature de ces accidents. Enfin, elles sont à la base de la politique de prévention, qui peut y chercher les points d’amélioration et y lire les effets de ses interventions. Ces pluralités d’informations conduisent à une pluralité de leurs usages, qui viennent se superposer. Les outils disponibles ont joué un rôle-clé dans la constitution d’un appareil statistique efficace, à partir des années 1950, mais le contexte intellectuel ouvert par l’interaction entre collecte de données et mise en place de méthodes psychotechniques dès les années 1920 a favorisé la mise en œuvre de ces outils. Il y a eu un effet de renforcement entre les approches psychotechniques et les approches statistiques qui conduit à faire l’hypothèse que l’accident isolé est difficile à anticiper, prévoir, connaître et traiter, tandis que la masse d’accidents offre des terrains sur lesquels les méthodes quantitatives présentent une efficacité plus visible et contrôlable.
Voir l'article sur Cairn.info