Réseaux et territoires au rythme des mutations technologiques : une modélisation géoéconomique simple

Temps et réseau
Par Nicolas Curien
Les grands systèmes en réseaux sujets à un progrès technique soutenu, comme les réseaux de communication électronique fixes et mobiles, donnent lieu, avec une périodicité d’une ou quelques dizaines d’années, à une succession de générations, chacune se substituant à la précédente, telle la génération nG de téléphonie mobile à la génération (n-1)G, ou la fibre optique au cuivre dans le réseau de téléphonie fixe. Ce phénomène affecte en réalité de nombreux réseaux, notamment de transport et d’énergie, pour peu qu’on les observe sur une échelle de temps adaptée, par exemple séculaire. Cet article vise à développer une modélisation géoéconomique simple de l’impact socioéconomique que la transition d’une génération technologique à la suivante exerce sur : (i) l’accessibilité fournie à la population dans diverses zones du territoire différenciées selon leur densité démographique ; (ii) la fracture sociotechnique séparant les accédants à la génération la plus récente des non-accédants ; (iii) la dépendance systémique créée par l’irréversibilité de la transition. Prenant en compte la variation spatiale des coûts de connexion, le modèle révèle en particulier que la planification optimale du déploiement d’une technologie nouvelle peut conduire à ne pas installer celle-ci dans les zones les plus reculées du territoire, si la technologie préexistante y est suffisamment résiliente ou améliorable, ou encore si elle est remplaçable par une technologie tierce dont le coût de mise en œuvre est peu dépendant de la distance, tel le satellite dans le domaine des communications électroniques. L’originalité de notre approche réside en un mariage des concepts économiques et géographiques, en vue de construire une maquette stylisée qui éclaire les enjeux d’une action conjointe des ingénieurs et des aménageurs au cours d’un cycle de renouvellement technologique.
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